Machette 

Matthieu 5:29-30 Si ton œil droit est pour toi une occasion de chute, arrache-le et jette-le loin de toi ; car il est avantageux pour toi qu’un seul de tes membres périsse, et que ton corps entier ne soit pas jeté dans la géhenne. Et si ta main droite est pour toi une occasion de chute, coupe-la et jette-la loin de toi ; car il est avantageux pour toi qu’un seul de tes membres périsse, et que ton corps entier n’aille pas dans la géhenne.

N’avez-vous jamais été troublé par ce passage ? C’est le genre de texte qui vous fait y regarder à deux fois. Vous vous en êtes probablement sorti en pensant que Jésus n’était pas sérieux. Après tout, il était bon, il guérissait les malades, il ne voudra certainement pas que nous nous mutilions, n’est-ce pas ? Et, en regardant les chrétiens autour de vous, vous avez certainement remarqué que personne n’a vraiment coupé sa main ou arraché son œil. Vous avez peut-être été rassuré par ce fait que vous n’étiez pas seul à ne pas prendre au sérieux ces paroles de Jésus.

Sans aucun doute, ce passage peut-être gênant pour tout le Christianisme si nous l’interprétons mal. Allons donc droit au but avec les questions suivantes : Jésus était-Il sérieux ? Parlait-Il au sens figuré ou littéral ? S’il parlait au sens figuré, comment savoir s’il ne l’a pas fait pendant tout son discours ? Devons-nous simplement supposer qu’à chaque fois qu’Il dit quelque chose de difficile à avaler, il s’agit d’une métaphore ? Ou s’il a utilisé le sens littéral, devons-nous faire ce qu’Il a demandé ou simplement l'ignorer ?

Examinons de plus près ces deux possibilités.

Jésus parlait-t-il figurativement ?

Jésus aimait les métaphores, surtout pour décrire le royaume de Dieu. Il l’a comparé à une graine de moutarde, à un trésor enterré dans un champ, etc. L’opinion la plus répandue est de dire que Jésus utilise aussi une métaphore ou des mots forts pour communiquer le sérieux du péché, qu’il n’enseigne pas nécessairement l’automutilation mais le reniement de soi, de renoncer aux péchés et de faire tout le nécessaire pour l’éviter.

C’est la conclusion la plus commune que nous rencontrons dans le monde chrétien. Mais elle pose deux problèmes :

1. Elle suppose que Jésus a exagéré et Jésus n’exagère jamais

Beaucoup de prédicateurs exagèrent pour exprimer une idée mais Jésus a toujours pensé ce qu’Il dit et dit ce qu’Il a pensé. Il est la Vérité personnifiée. Il est inconcevable de penser qu’il déforme une vérité dans le but de passer un message. Quand Jésus utilisait des paraboles, c’était plutôt pour cacher des vérités et non pour les amplifier (voir Matthieu 13:13.) 

Ce qui est sûr, c'est que le passage de notre étude ne fait pas partie d’une parabole. Son contexte est le Sermon sur la Montagne dans lequel Jésus parle de problèmes tels que la colère et la convoitise dans un langage simple. Il n’y a rien de métaphorique dans ses choix de mots.

2. Elle suggère que nous pouvons faire des choses qui nous sauveraient nous-mêmes

Peut-être pas littéralement jusqu’à nous automutiler, mais en faisant des choses telles que confesser, nous abstenir de certaines mauvaises choses, renoncer à d’autres, etc. Il n’y a rien de mal en ces œuvres, mais l’erreur est de penser que nous pouvons nous sauver nous-mêmes par elles. La Bible dit par ailleurs :

Car c’est par la grâce que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi. Et cela ne vient pas de vous, c’est le don de Dieu. Ce n’est point par les œuvres, afin que personne ne se glorifie(Éphésiens 2:8-9) 

Jésus parlait-Il littéralement ?

Beaucoup de gens pensent que Jésus parlait littéralement mais sans concevoir une seule seconde qu’Il a pensé ce qu’Il a dit. Supposons qu’il parlait littéralement, est-ce qu’il s’ensuit qu’Il veut vraiment que nous coupions nos mains ? Bien sûr que non ! Nous sommes sanctifiés par le sang de l’Agneau et non par nos membres coupés (Hébreux 10 :29).

L’automutilation ne fait rien pour traiter le péché car le péché est conçu dans notre cœur. Jésus lui-même le dit dans les versets précédant notre passage :

Vous avez appris qu’il a été dit : Tu ne commettras point d’adultère. Mais moi, je vous dis que quiconque regarde une femme pour la convoiter a déjà commis un adultère avec elle dans son cœur. Matthieu 5:27-28

L’adultère est commis dans le cœur. Arracher un œil, voire les deux, ne résoudra pas le problème. Si vous coupez la main d’un voleur, il restera la deuxième et il pourra toujours recommencer ! Il pourra même continuer de voler sans les mains, en envoyant quelqu’un d’autre par exemple.

Alors, que se passe-t-il ici ? Pourquoi Jésus nous dirait-il de faire littéralement quelque chose qui, au final, ne résoudra pas le problème du péché ? En réalité, il veut nous faire réaliser l’absurdité d’essayer d’impressionner Dieu par nos œuvres pharisaïques et de croire que ce sera suffisant. Il prêche la loi dans sa version parfaite, non pas pour que nous puissions essayer de la garder mais pour que nous renoncions à la prétention de le faire.

Jésus prêchait à la fois la loi et la grâce sans confondre les deux. Il est le docteur parfait et sait exactement quels traitements nous donner en fonction de notre attitude : si nous sommes brisés et blessés, il nous donne la grâce. Mais si nous sommes religieux et orgueilleux, il nous donne plus de loi pour nous révéler nos limites. En effet, le seul langage que peut comprendre une personne religieuse est la loi. Ce genre de personnes dit à Jésus :

Maître, j’ai observé toutes ces choses dès ma jeunesse. (Marc 10:20)

Mais Jésus n'est pas pour autant impressionné et puisque que son interlocuteur se vante d'obéir à tous les commandements. Jésus lui donne un de plus, parce qu'il l'aime et veut ouvrir ses yeux.

Jésus, l’ayant regardé, l’aima, et lui dit : Il te manque une chose ; va, vends tout ce que tu as, donne-le aux pauvres, et tu auras un trésor dans le ciel. Puis viens, et suis-moi. (Marc 10:21)

Ce qu'il ne fera pas, car c'est au-delà de ses limites. Tout religieux est fier d’être meilleurs que l’autre, plus saint que l’autre, en disant pouvoir obéir à tels ou tels commandements quand l'autre ne le peut pas. Mais on peut toujours trouver une chose qui le disqualifie.

Pourquoi prêcher la loi ?

La loi n’est pas une norme de vie mais un miroir qui révèle nos manquements. Elle n’a pas été donnée pour que nous vainquions le péché, mais pour aider le péché à nous vaincre. L’Apôtre Paul a dit :

Que dirons-nous donc ? La loi est-elle péché ? Loin de là! Mais je n’ai connu le péché que par la loi. Car je n’aurais pas connu la convoitise, si la loi n’eût dit : Tu ne convoiteras point. Et le péché, saisissant l’occasion, produisit en moi par le commandement toutes sortes de convoitises ; car sans loi le péché est mort. Pour moi, étant autrefois sans loi, je vivais ; mais quand le commandement vint, le péché reprit vie, et moi je mourus. (Romains 7:7-9) 

Dans le Sermon sur la Montagne, Jésus prêchait à des religieux qui pensaient être jugés justes en gardant les commandements de Dieu. Mais au lieu de s’humilier face à leur incapacité d’être à la hauteur, ils ont dilué la loi pour qu’elle devienne plus facile à garder. Jésus élève la barre de la loi à son juste niveau. En d’autres termes, il polissait le miroir.

Pourquoi fait-il cela ? Parce que beaucoup de gens ne peuvent apprécier la bonne nouvelle sans avoir entendu la mauvaise, qui est :

Car, je vous le dis, si votre justice ne surpasse celle des scribes et des pharisiens, vous n’entrerez point dans le royaume des cieux. (Matthieu 5:20)

La loi vient de Dieu, mais essayez d’être à la hauteur et elle vous condamnera.

Il nous a aussi rendus capables d’être ministres d’une nouvelle alliance, non de la lettre, mais de l’esprit ; car la lettre tue, mais l’esprit vivifie… Si le ministère de la condamnation a été glorieux, le ministère de la justice est de beaucoup supérieur en gloire. (2 Corinthiens 3:6, 9)

Le but de la loi est d’amener l’homme à ses limites et révéler son besoin d’un sauveur.

Ainsi la loi a été comme un pédagogue pour nous conduire à Christ, afin que nous fussions justifiés par la foi. (Galates 3:24)

Conclusion

Nous apprécierons Jésus le jour où la loi aura fini son travail de nous révéler nos limites comme à travers un miroir et arracher l’orgueil de notre cœur.

Nous disons, je suis une bonne personne, je n’ai jamais fait ceci ou cela. Mais Dieu voit nos cœurs où sont conçues toutes sortes de mauvaises choses. Et Jésus, sachant qu’il y a dans ce monde des religieux déterminés à aller jusqu'à l'extrême, ajoute :

Soyez donc parfaits, comme votre Père céleste est parfait. (Matthieu 5:48)

Dieu veut la perfection, si vous n’êtes pas parfait 24h/24 et 7j/7, vous n’êtes pas à la hauteur. Au moins un commandement vous condamnera.

Mais la bonne nouvelle est que Jésus a accompli la perfection pour nous (voir Matthieu 5:17). Nous ne sommes pas parfaits, mais nous avons un souverain sacrificateur qui est parfait (voir Hébreux 7:25-27). Et la justice que nous avons en lui surpasse celle des Pharisiens (Romains 1:17).

Alors, oui, Jésus était-il sérieux. Il était même très sérieux. Il n’a pas exagéré. Il n’a pas non plus utilisé la peur pour nous motiver à accomplir les œuvres mortes de la religion. Il nous dit simplement que Dieu n’attend pas moins de nous que la perfection et que Jésus seul est notre seul espoir de l’atteindre. Nul ne vient au Père que par lui. Il a en quelque sorte dit : vous pouvez faire confiance à votre performance et même si vous faites des efforts extrêmes jusqu'à couper votre main ou arracher votre œil, ce ne sera pas suffisant. Ou alors, vous pouvez me faire confiance. Mais ce que vous ne pouvez pas faire, c’est de diluer la loi en dessous de la perfection et espérer impressionner Dieu.

Mettons donc de côté notre religion, et confions-nous totalement à la justice en Jésus car

Le Juste vivra par la foi. (Romains 1:17 ; Habacuc 2:4)