Les trois filles de Job
Les trois filles de Job par Cynthia França

Cet article a pour objet d’étudier les textes de l’Ancien Testament qui font références aux cosmétiques.

Une mauvaise compréhension de ces derniers peut pousser le lecteur de la Bible à faire l’amalgame entre l’usage de produits cosmétiques et la corruption, au point de croire qu’il faille s’abstenir du moindre maquillage, par crainte de perdre sa sainteté ou son statut de personne mise à part pour Dieu.

 

Jézabel

2 Rois 9:30  Jéhu entra dans Jizreel. Jézabel, l'ayant appris, mit du fard à ses yeux, se para la tête, et regarda par la fenêtre.

A la différence de nombreux rois d’Israël et de Juda, la vie du roi Achab est très développée dans la Bible. La Bible le présente comme un roi impie qui a voulu consolider une alliance avec les Phéniciens, en épousant la princesse phénicienne Jézabel. Jézabel amena le roi Achab et son peuple à adorer le dieu Baal et à lui élever un temple. Cette alliance et ce culte opposèrent Achab a Dieu et ses prophètes, notamment Elie. La Bible relate, entre autres, le sacrifices du Mont Carmel, où Elie affronta les 450 prophètes de Baal, proches de Jézabel et envoyés par Achab.

Jézabel est donc devenue la reine mère, le pouvoir derrière les trônes de son mari Achab et de leurs fils, Achazia et Joram.

Est-elle littéralement une prostituée ?

Une mauvaise compréhension de 2 Rois 9:22 peut nous conduire à décrire Jézabel comme étant une prostituée, au sens littéral du terme. Voici le verset :

2 Rois 9:22 Dès que Joram vit Jéhu, il dit : Est-ce la paix, Jéhu ? Jéhu répondit : Quoi, la paix ! tant que durent les prostitutions de Jézabel, ta mère, et la multitude de ses sortilèges !

Ceux qui sont contre l’usage des cosmétiques disent : elle se maquillait, n’est-ce pas ? Donc, c’était bien une prostituée !

Il est vrai que l’adoration de Baal impliquait la prostitution, mais les prostituées sacrées n’étaient pas des femmes mariées. A travers tout le récit des différents actes de Jézabel, nous ne trouvons pas une femme cherchant des aventures avec des amants. Jézabel était fidèle à son mari Achab. Les Écritures relatent plutôt les actes d’une reine assoiffée de pouvoir. Jézabel était intéressée par le pouvoir, pas par les amants. Elle tuait et persécutait des prophètes de Dieu (1 Rois 18:4), elle faisait des complots et menait à exécution des tromperies. Par exemple : par de fausses accusations bien orchestrées, elle fit périr Naboth pour s’emparer de sa vigne, parce qu’Achab la convoitait. Elle ne se souciait que de la réussite de ses manœuvres et le pouvoir qu’elle pouvait gagner. Que comprendre donc, quand nous lisons au sujet des « prostitutions de Jézabel » ?

Dans un langage métaphorique, se détourner de la fidélité à Yahweh, c’est agir comme une prostituée, ou comme une épouse infidèle. Jézabel et Achab ont conduit le peuple d’Israël dans ce genre d’infidélité. Jézabel n’était pas littéralement une prostituée, mais Jéhu parle ici en métaphores en tant que prophète de Dieu. Le passage suivant confirme que la maison d’Achab a entraîné Israël à ce genre de prostitution :

2 Chroniques 21:12-13  Il lui vint un écrit du prophète Élie, disant : Ainsi parle l'Éternel, le Dieu de David, ton père : Parce que tu n'as pas marché dans les voies de Josaphat, ton père, et dans les voies d'Asa, roi de Juda,  (13)  mais que tu as marché dans la voie des rois d'Israël ; parce que tu as entraîné à la prostitution Juda et les habitants de Jérusalem, comme l'a fait la maison d'Achab à l'égard d'Israël ; et parce que tu as fait mourir tes frères, meilleurs que toi, la maison même de ton père ;

(Voir aussi : Ézéchiel 16:28, 33; 6:9; 43:7; Jérémie 3:3; 13:27). 

Tentative de séduction ou acte symbolique ?

2 Rois 9:30 Jéhu entra dans Jizreel. Jézabel, l’ayant appris...

Cette phrase nous montre que la scène se passe immédiatement après que Jéhu frappe mortellement Achazia et Joram, fils de Jézabel. Certains commentateurs soutiennent l’étrange idée que ce qui suit est une scène de séduction. Leur idée est que Jézabel s’est faite belle et s’est présentée à la fenêtre dans une tentative désespérée de séduire Jéhu pour qu’il l’épargne. Mais il n’y a aucun indice de celà dans le livre des Rois.

L’entrée de Jéhu dans Jizreel avait un but bien précis : il vient pour renverser la dynastie du mari et des fils de Jézabel. Le prophète Elisée a envoyé un jeune serviteur dire à Jéhu :

2 Rois 9:6-8 (6)… Ainsi parle l'Éternel, le Dieu d'Israël : Je t'oins roi d'Israël, du peuple de l'Éternel. (7) Tu frapperas la maison d'Achab, ton maître, et je vengerai sur Jézabel le sang de mes serviteurs les prophètes et le sang de tous les serviteurs de l'Éternel.  (8)  Toute la maison d'Achab périra ; j'exterminerai quiconque appartient à Achab, celui qui est esclave et celui qui est libre en Israël,

Jézabel savait très bien que sa fin, en tant que reine mère de cette dynastie en cours d’éviction, était proche. Elle savait qu’elle allait aussi périr. Son maquillage et son ornement n’avaient pas pour but de séduire le nouveau roi mais de le rencontrer de manière majestueuse. Son dernier acte est délibérément symbolique, indiquant sa dignité, son statut de reine et sa détermination à quitter cette vie en tant que telle.

La façon dont Jézabel salue Jéhu nous le confirme.

2 Rois 9:31 Comme Jéhu franchissait la porte, elle dit : Est-ce la paix, nouveau Zimri, assassin de son maître ?

Zimri était le commandant en chef de l’armée du royaume du nord, meurtrier de son propre roi Ela et de toute la famille royale (1 Rois 16:9-20) et anéantissant ainsi la dynastie des Baasha. Il eut un règne de 7 jours avant de se suicider et d'être remplacé par Omri, le père d’Achab. Son nom était, de ce fait, synonyme de trahison. Jézabel accuse Jéhu d’être un nouveau Zimri, un autre meurtrier, un autre traître et un autre régicide. Elle a voulu dissuader Jéhu d’aller plus loin en lui rappelant le renversement éclair et la mort de Zimri. En réalité, son accueil était agressif et sarcastique - loin d’être sensuel.

Ézéchiel 23:40 et Jérémie 4:30 

Ézéchiel 23:40 Et même elles ont fait chercher des hommes venant de loin, elles leur ont envoyé des messagers, et voici, ils sont venus. Pour eux tu t'es lavée, tu as mis du fard à tes yeux, Tu t'es parée de tes ornements ; 

Jérémie 4:30 Et toi, dévastée, que vas-tu faire ? Tu te revêtiras de cramoisi, tu te pareras d'ornements d'or, Tu mettras du fard à tes yeux ; Mais c'est en vain que tu t'embelliras ; Tes amants te méprisent, Ils en veulent à ta vie. 

L’infidélité de Jérusalem à Dieu était souvent comparée à une femme infidèle à son mari. Le message des prophètes Ézéchiel et Jérémie dans les passages ci-dessus était que même si cette femme infidèle s’embellit pour ses amants, elle sera méprisée par ces derniers et elle sera jugée.

Ces passages, avec ceux sur Jézabel étudiés précédemment, sont souvent utilisés comme preuves que la Bible associe toujours le maquillage à de mauvaises femmes. La femme pécheresse de Luc 7:37-47 avait de longs cheveux avec lesquelles elle essuyait les pieds du Seigneur. Est-ce pour autant une preuve que toutes les femmes aux cheveux longs sont pécheresses ? 

En réalité, mettre du fard aux yeux était une pratique courante de l’époque quand il s’agissait de se faire belle. Les autres pratiques mentionnées aussi, à savoir : se laver, se revêtir de cramoisi, se parer d’ornements d’or, etc. De même que la femme décrite par Jérémie s’est revêtue de cramoisi, la femme vertueuse de Proverbes 31:24 a vêtu toute sa maison de cramoisi. David, en disant du bien de Saül dans 2 Samuel 1:24, rappelle aux filles d’Israël que Saül les a revêtu magnifiquement de cramoisi et a mis des ornements d’or sur leurs habits.

Certes, le maquillage peut être utilisé pour séduire dans le but de commettre un adultère, mais c’est aussi vrai pour le fait de se laver, de bien choisir les couleurs de ses vêtements, de s’orner de bijoux, de se parfumer, et autres pratiques communes à toutes les femmes d’une culture donnée. Le maquillage ne peut pas être isolé comme seul outil de séduction dans nos deux textes. Toutes les autres pratiques y sont citées dans le même contexte de l’adultère. Cependant, ce ne sont pas les pratiques en elles-même qui font que la femme soit corrompue, mais l’intention de son cœur qui motive celles-ci. Les autres femmes se faisaient aussi belles tout en restant fidèles à leurs maris respectifs.

Les filles de Job 

Job 42:14 il donna à la première le nom de Jemima, à la seconde celui de Ketsia, et à la troisième celui de Kéren-Happuc.

Ce n’est plus toujours vrai à notre époque, mais le sens des noms donnés aux enfants avait de l’importance aux temps de la Bible. La fille de Pharaon a donné le nom de Moïse, qui signifie « tiré de » à l’enfant qu’elle a retiré des eaux (Exode 2:10), une femme a appelé son nouveau-né I-Kabod, qui signifie « privé de gloire », car la gloire de Dieu a été bannie d’Israël (1 Samuel 4:21), Anne a nommé son fils Samuel, qui signifie « entendu ou exaucé de Dieu », car elle l’a demandé à l’Eternel (1 Samuel 1 :20), et la liste est longue. 

Après ses épreuves, Job a eu d’autres enfants et il a donné des noms sensés à ses filles, des noms qui se rapportent à la beauté. La première s’appelle Jémina, qui signifie « belle comme le jour » ou « colombe » ; la seconde, Ketsia, qui signifie « casse ou cannelle », une espèce d'arbre dont l'huile est utilisée pour créer un parfum ; et la troisième, Kéren-Happuc, qui signifie, « corne d’antimoine », aussi un nom qui se rapporte à l'embellissement, en l’occurrence, au maquillage des yeux. L’antimoine étant une peinture noire utilisée comme fard pour les yeux. C’est le même mot (puwk) que nous retrouvons traduit par « fard » dans le texte de Jérémie 4:30 étudié précédemment.

Si se maquiller était considéré comme une mauvaise pratique des femmes corrompues, Job n’aurait pas appelé sa fille ainsi. Les filles de Job ont certainement mit du fard aux yeux et ne se privaient pas de produits de beauté. Le verset suivant dit ceci :

Job 42:15 Il n’y avait pas dans tout le pays d’aussi belles femmes que les filles de Job. Leur père leur accorda une part d’héritage parmi leurs frères.

L’image d’introduction de cet article est une représentation des trois filles de Job selon la signification de leurs nom, par Cynthia França.

Conclusion 

Les circonstances entourant la mort de Jézabel ne permettent pas de conclure qu’elle s’est maquillée pour séduire son exécuteur. Son usage des maquillages n’avait pas plus de signification que le fait de se parer la tête. Les deux indiquaient son statut de reine.

Il n’y a aucun commandement direct contre le maquillage ni dans l’Ancien Testament, ni dans le Nouveau que nous étudierons dans un prochain article. Trois ou quatre références associant le maquillage à des femmes corrompues ne prouvent pas que toutes les femmes qui se maquillaient l’étaient. Nous avons vu dans un article précédent que toutes les femmes des civilisations précédentes se maquillaient pour se faire belles. Des pratiques autres que le maquillage peuvent aussi être utilisées pour séduire dans le but d'être infidèle, mais c’est la pensée et l’intention du cœur qui permet de savoir si une personne est corrompue ou non.