Une chrétienne peut-elle se maquiller ?

Certaines dénominations issues du mouvement de la sainteté considèrent l’utilisation de produits cosmétiques, surtout avec coloration, comme étant immodeste et donc une menace pour la sainteté des chrétiennes. Elles estiment généralement que les produits incolores sont acceptables. Cet article a pour but d’examiner cet enseignement. 

Leur argument principal est de dire que nous ne devrions pas altérer l’apparence naturelle qui nous a été donnée par Dieu puisque Dieu nous a fait naturellement bien.

En suivant ce cheminement de pensée, nous pourrions nous poser les questions suivantes : qu’en est-il des cheveux naturellement raides que certaines femmes aimeraient onduler ? Peut-on lisser des cheveux naturellement bouclées sans offenser Dieu ? Etant donné que le corps humain émet naturellement de mauvaises odeurs, peut-on se parfumer ou se servir de déodorants ?

 

Définition de la cosmétique

En réalité, l’idée derrière la cosmétique n’est pas de créer une fausse beauté mais de mettre en valeur une beauté naturelle. Les chrétiens appliquent ce principe dans plusieurs autres domaines. Les maquillages, même incolores, modifient l’aspect de la peau et embellissent le teint.

Le dictionnaire Larousse définit comme cosmétique toute préparation médicamenteuse destinée aux soins du corps, à la toilette, à la beauté. 

Il en était de même aux temps bibliques. Toute une variété de produits étaient considérés comme cosmétiques : les produits coloration pour cheveux, les crèmes antirides, les fonds de teint, le rouge à joues, les fards pour yeux, les crèmes dépilatoires, les dentifrices, les déodorants et les rafraîchisseurs d’haleine. Tous ces produits étaient inclus sous la rubrique de la cosmétique par ceux qui ont écrit à ce sujet.

Cosmétique vient du grec kosmeo qui signifie « je pare, j’orne ». Plus généralement, la cosmétique est l’art d’embellir les choses sans en transformer la nature intrinsèque. On parle par exemple de problème cosmétique, en informatique, pour désigner un léger problème au niveau de l’aspect graphique d’une application. Ce genre de problème de surface ne nécessite pas d’être réglé s’il n’y a pas assez de temps de développement et sa correction ne fait qu’améliorer l’interface utilisateur d’une application qui fonctionne déjà correctement.

Le maquillage comme les cosmétiques sont très anciens, probablement utilisés dès la Préhistoire. Trois mille ans avant Jésus Christ, les Égyptiens connaissent déjà le maquillage. 

Les enfants d’Israël utilisaient aussi les cosmétiques.

Les enfants d’Israël

Il est écrit dans le Talmud qu’un mari doit donner dix deniers à sa femme pour ses besoins en produits cosmétiques (Traité Kétoubot, 66b). 

Les cosmétiques étaient considérées comme faisant partie de la toilette des femmes.

« Les femmes, est-il dit, peuvent vaquer aux soins de la toilette, laquelle comprend : la coiffure, la teinture des yeux (au Kohl), la disposition des cheveux sous le voile, l’action de s’épiler, de se couper les ongles, de se passer un tesson sur le bas du visage (pour enlever les poiles). » (Talmud de Jérusalem, Moed Qaton, I, 7)

Une femme qui se teint le visage ou les lèvres pendant le Shabbat, comme le font toutes les femmes en temps normal, transgresse l’interdit de teindre. 

Rabbi Chim’on Ben El’azar dit au nom de Rabbi Eli’ezer : une femme ne doit pas passer du SERAK (poudre rouge) sur son visage pendant Shabbat, car elle transgresse l’interdit de Tsovéya’ (teindre). -Guémara Chabbat 95a

Le Talmud est favorable à l’usage des cosmétiques, mais il met aussi en garde contre son utilisation pour des buts immoraux. 

Les Romains

On constate chez les Romains, le concept de la honte du « sans-maquillage ». L’écrivain latin Romain Plaute (254-184 Av. J.-C.) a écrit,

Une femme sans maquillage, c’est comme de la nourriture sans sel. 

Des écrivains tels que Juvénal (45 ou 65 – vers 130), Lucien de Samosate (125 - 180) et Martial (40 – 140) jetaient l’opprobre sur les cosmétiques et critiquaient violemment les femmes en général et l’usage de produits de beauté en particulier. 

D’après le poète satirique latin Juvénal, une femme ne se fait belle en se parfumant et se maquillant que pour un amant, donc avec l’adultère à l’esprit.

Qu’importe à la maison qu’on soit plus ou moins belle ? 

Ce n’est que pour l’amant qu’on soigne ses attraits, 

Que des parfums de l’Inde on s’inonde à grands frais 

Alors le masque tombe, on lève les compresses ;

(Juvénal, Satire 6.346) 

Le consensus général était que la femme qui use de cosmétiques rehausse sa beauté naturelle, par contre, celle qui en use à l’excès était immorale et trompeuse. 

Quand la consommation des cosmétiques et des parfums allait au-delà de ce qui était économiquement et moralement acceptable, comme ce fût le cas dans l’Empire Romain, des lois somptuaires étaient introduites. Alors que la Lex Oppia était passée en 189 av. J.-C. spécifiquement pour modérer l’affichage ostentatoire de la fortune par la parure, d’autres documents légaux portent sur les dépenses des femmes en matière de vêtement et ornements. Les lois somptuaires incluent Leges Auli, Aemelia, Fannia, Oppia et Orchia. Ces lois visent la modération des dépenses en nourritures et autres denrées, mais aussi en parure. Les prostituées étaient exempts des lois somptuaires. Elles seules pouvaient porter la parure proscrite dans 1 Timothée 2:9 et 1 Pierre 3:3.

L’ère « Chrétienne »

Avant l’adoption du Christianisme par l’Empereur Constantin en 303 de notre ère, la commercialisation et l’utilisation de produits cosmétiques se sont développées et ces derniers étaient utilisés à grande échelle. Après 303, les opinions catholiques sur la cosmétique et le parfum comme étant immondes aux yeux de Dieu ont fait baisser la demande.

Les « Pères » de l’Eglise, Clément et Tertullien se sont exprimés au sujet de la parure des femmes. Leurs points de vue sur ce sujet ne reflètent cependant pas l’enseignement des Apôtres mais étaient similaires à ceux des philosophes païens. Les « Pères » avaient une posture de supériorité masculine. Certains d’entre eux étaient de fervents misogynes, la plupart d’entre eux étaient célibataires ayant un dégoût pour le mariage. Tertullien était instruit dans le stoïcisme et pour les stoïciens, il faut vivre en accord avec la nature. D’après eux, ces produits que la nature n’a pas pourvus étaient par définition du luxe qui ne devait pas faire partie de leurs vies. 

Le Moyen-Age

Pendant la Renaissance, les femmes cherchaient à obtenir une peau claire et ont utilisé des produits toxiques provoquant des cas de paralysie musculaire. Au temps de la reine Elisabeth Ire (1558 – 1603), le problème devenait catastrophique entraînant plusieurs morts prématurées. Par conséquent, les produits cosmétiques étaient considérés comme une menace pour la santé, et les femmes utilisaient du blanc d’œuf pour vernir leurs visages.

Pendant le règne de Charles II (1660 – 1685), la tendance du visage pâle s’est effacée alors que l’Europe a vu les ravages de maladies généralisées. L’excès de maquillage était utilisé pour cacher la pâleur causée la maladie. En France, pendant la Restauration (1814 – 1830), les fards et rouges à lèvre ont fait fureur.

Epoque victorienne

A l’époque victorienne (1832 – 1901), les droits de la femme mariée étaient similaires à ceux de l’enfant mineur : elle n’avait ni le droit de vote, ni celui de porter plainte, ni même celui de posséder des biens propres. Qui plus est, la femme est en quelques sortes désincarnée : son corps, perçu comme un temple abritant une âme pure et innocente, ne doit pas être « souillé » par des artifices tels que le maquillage.

Il n’était pas de bon ton que la femme porte du maquillage ou quelque autre accessoire destiné à l’embellir. Les restrictions eu égard à ce qui est considéré comme contraire aux bonnes mœurs sont nombreuses : ainsi, il est moralement choquant de prononcer le mot « jambe » en présence de personne du sexe opposé.

Durant le règne de Victoria, le maquillage était considéré du diable, mais il a regagné du terrain vers la fin du 19ème siècle.

Pour en savoir plus, lisez cet article sur la condition féminine dans la société victorienne.

L’industrie cosmétique a vue une croissance considérable au tournant du siècle.

Les magazines disaient aux femmes que faire des exercices, faire des régimes et faire bon usage des produits cosmétiques les rendraient plus belles. A la fin du 19ème siècle, les portraits photo étaient répandus. Appliquer un maquillage avant la prise en photo était devenu ordinaire. Les miroirs devenaient aussi de moins en moins chers. Ces deux facteurs étaient importants dans le développement du maquillage.

L’époque contemporaine

Dès les premières décennies du 20ème siècle, l’opinion sur les cosmétiques a commencé à changer.

Les femmes ont obtenu le droit de vote en plusieurs endroits. Elles ont aussi commencé à acquérir d’autres libertés. Le début de la première guerre mondiale en 1914 a eu un impact sur les cosmétiques. A la fin des années 1910, les femmes gagnaient en indépendance, socialement et financièrement. La guerre les a poussées vers le devant de la scène publique alors qu’elles reprenaient les emplois laissés par les hommes partis en guerre. A la fin de la guerre en 1918, l’utilisation des cosmétiques reflétait la libération de la femme.

Conclusion

Nous avons vu que les buts premiers du maquillage n’avaient rien à voir avec la séduction et la prostitution. Au temps de la Bible, il n’y avait aucune distinction entre les produits cosmétiques « colorées » et les autres produits de soin et d’hygiène. Tout était placé sous la catégorie de « cosmétiques ». Il n’y avait aucune distinction entre maquillage et parfum comme outils de séduction. Les deux étaient impliqués dans la prostitution, surtout le parfum. 

Toutes les femmes des civilisations précédentes se maquillaient. Des extraits du Talmud nous montrent que les femmes Hébreux faisaient aussi usage de cosmétiques.

Certains responsables chrétiens contemporains ont le même point de vue sur la cosmétique que ces philosophes païens qui rabaissaient les femmes. Une femme ne se pare pas toujours avec l’adultère en pensée. Tout est d’abord dans l’intention du cœur.

Si un homme convoite une femme, le problème est d’abord dans son cœur. Jésus a dit 

Matthieu 5:28  Mais moi, je vous dis que quiconque regarde une femme pour la convoiter a déjà commis un adultère avec elle dans son cœur.

Dans ce passage, Jésus ne rejette aucune faute sur la femme. Il n’y avait rien d’indécent dans l'apparence extérieure des femmes Juives. Le sujet est la convoitise de l’homme, pas la parure de la femme. Convoiter est un choix ; l’homme n’est pas contraint de le faire.

Ce n’était pas l’utilisation des cosmétiques qui distinguait la prostituée de l’époque du Nouveau Testament des autres femmes de l’Empire Romain, c’était l’utilisation excessive de celles-ci. L’apparence d’une prostituée est définie dans une culture donnée. 

Enfin, le maquillage dans notre culture et époque historique est un reflet des droits de la femme.

Les passages de l’ancien et du nouveau testament traitant des cosmétiques seront traités dans d’autres articles à venir.