Le temple d'Artémis imaginé par Maarten van Heemskerck (1498-1574), dans un style contemporain de l'artiste.
Le temple d'Artémis imaginé par Maarten van Heemskerck (1498-1574), dans un style contemporain de l'artiste.

 

Cet article complète un précédent article sur les bijoux : Dieu est-Il contre le port des bijoux ? Nous examinerons le contexte historique et culturel de 1 Timothée 2:9 et 1 Pierre 3:3-6 qui sont souvent utilisés contre le port d’ornements autres qu’un esprit doux et paisible. En effet, une erreur fréquente lors de l’interprétation de ces deux textes est celle d’en omettre le contexte. Beaucoup de gens tentent de les appliquer dans un cadre moderne, dénaturant ainsi leur vrai sens ;

Je veux aussi que les femmes, vêtues d'une manière décente, avec pudeur et modestie, ne se parent ni de tresses, ni d'or, ni de perles, ni d'habits somptueux, (1 Timothée 2:9)  

Ayez, non cette parure extérieure qui consiste dans les cheveux tressés, les ornements d'or, ou les habits qu'on revêt, mais la parure intérieure et cachée dans le cœur, la pureté incorruptible d'un esprit doux et paisible, qui est d'un grand prix devant Dieu. Ainsi se paraient autrefois les saintes femmes qui espéraient en Dieu, soumises à leurs maris, comme Sara, qui obéissait à Abraham et l'appelait son seigneur. C'est d'elle que vous êtes devenues les filles, en faisant ce qui est bien, sans vous laisser troubler par aucune crainte. (1 Pierre 3:3-6)

Le culte de Diane/Artémis

Le sujet dominant de 1 Timothée est de réfuter des faux enseignements à Éphèse. C’est la mission que Paul a laissé à Timothée avant d’aller en Macédoine (1 Timothée 1:1-4).

Éphèse se distinguait par son dévouement à une puissante déesse-mère. Cette déesse protectrice était  appelée Artémis pour les Grecs et Diane pour les Romains. Une compréhension du culte de Diane est importante pour comprendre ce que Paul disait aux femmes de cette ville.

Le temple de Diane était connu dans tout le monde antique pour ses prostituées sacrées appelées hiérodules, hétaïres, courtisanes ou encore prêtresses. Il y en avait des milliers. Elles portaient le nom d’ « abeilles » (Melissai, pluriel de melissa, Melissa, terme issu de meli, miel). L’imagerie de l’abeille était un élément important du culte. Artémis elle-même était la reine.

L'union sexuelle était souvent utilisée dans les cultes païens pour illustrer l'expérience religieuse et la manière de devenir un avec la divinité. Les femmes étaient considérées comme supérieures aux hommes dans le culte de Diane car possédant la connaissance secrète divine. Les hommes étaient supposés recevoir la connaissance divine en s'engageant dans des rituels sexuels avec ces prêtresses. Elles leur offraient l’illumination et le salut par le sexe. Une union avec un représentant d’une divinité préfigurait celle espérée avec le dieu en question, dans l'au-delà, et était censée apporter le salut et la fécondité. 

Les prostituées sacrées représentaient une partie importante de la population d’Éphèse, car il y en avait à la fois dans le célèbre temple d'Artémis (Diane), mais aussi dans celui d’Aphrodite (Vénus).

Éphèse était, de ce fait, un bastion de la suprématie féminine dans la religion.

Le culte de Diane ne se limitait pas à Éphèse, mais était très répandu dans presque toutes les villes d'Asie, dans de nombreux endroits habités par les Grecs, dans le sud de la Gaule, en Syrie, et même à Rome. Diane était 

Celle qui est révérée dans toute l'Asie et dans le monde entier. (Actes 19:27)

« Le monde entier », traduit du Grec « Oikoumene » et non « Kosmos », ne désigne pas toute la planète terre mais l’empire Romain.

Le nicolaïsme et l’immoralité sexuelle

L'église d’Éphèse est complimentée dans le livre de l'Apocalypse, car elle détestait les œuvres des Nicolaïtes (Apocalypse 2:1-6). 

Selon Irénée de Lyon, le nicolaïsme est une référence à Nicolas, cité dans Actes 6:5 et les nicolaïtes sont des gnostiques (Contre les hérétiques, I, 26, 3.). 

On appelle, on peut appeler, gnosticisme - et aussi gnose - toute doctrine ou toute attitude religieuse fondée sur la théorie ou sur l'expérience de l'obtention du Salut par la connaissance. (Henri-Charles Puech, En quête de la gnose, t I, éd. Gallimard, 1978, p. 185)

Selon, Épiphane de Salamine, ce même Nicolas bâtit une doctrine où les relations sexuelles deviennent la clef du Royaume des cieux (Panarion, cap. 25).

C’est, entre autres, cette attribution d’une nature sacramentelle à l’immoralité sexuelle que Paul a voulu réfuter dans l’église d'Éphèse.

Paul et l’enseignement par les femmes

Nous ne pouvons pas parler de la parure des femmes dans 1 Timothée 2:9 et omettre le fait que Paul ne permette pas qu’elles enseignent. En effet, ce dernier sujet suit immédiatement celui sur leur parure. En réalité, tout le passage de 1 Timothée 2:5-9 est lié.

Car il y a un seul Dieu, et aussi un seul médiateur entre Dieu et les hommes… Je veux donc que les hommes prient en tout lieu, en élevant des mains pures... Je veux aussi que les femmes, vêtues… Je ne permets pas à la femme d'enseigner, ni de prendre de l'autorité sur l'homme ; (1 Timothée 2:5-12)

Certains des faux enseignants à Éphèse étaient des femmes. Les Gnostiques enseignaient qu’Eve a reçu la connaissance secrète quand elle a mangé de l'arbre défendu ; pour eux, ces enseignantes pouvaient transmettre cette connaissance. Elles jouaient ainsi le rôle de médiateur entre Dieu et les hommes. Le gnosticisme a mis un accent fort sur le rôle de la femme en tant que médiateur entre Dieu et les hommes. Puisque Paul s’attachait à la seule médiation de Christ, il ne permettait pas à ces femmes d'Éphèse d’enseigner, non pas parce qu’elles sont des femmes, mais parce qu’elles enseignaient des erreurs étant sous l’influence du gnosticisme. Ce sujet de la position de la femme dans le royaume de Dieu sera plus détaillé dans d’autres articles.

Les lois somptuaires

Je veux aussi que les femmes, vêtues d'une manière décente, avec pudeur et modestie, ne se parent ni de tresses, ni d'or, ni de perles, ni d'habits somptueux, (1 Timothée 2:9)

Somptueux est synonyme de coûteux ou onéreux. Il est possible de savoir qu’est-ce qui était somptueux dans le contexte de 1 Timothée car il existait des lois somptuaires.

Les lois somptuaires étaient des lois qui réglementaient ou imposaient des habitudes de consommation (alimentation, mobilier et notamment la manière de se vêtir spécifique en fonction de la catégorie sociale à laquelle un individu appartient). Elles servaient principalement à rendre visible l'ordre social et, généralement, à interdire la consommation ostentatoire, l'usage de produits de luxe ou d'importation, dans un optique mercantiliste de protection des industries nationales et de protection de la balance commerciale. 

L'un des premiers codes de lois de la Grèce antique, attribué au législateur Zaleucos, stipulait que 

Nulle femme libre ne doit être accompagnée de plus d'une suivante, à moins qu'elle soit ivre, nulle femme libre ne doit arborer des bijoux d'or sur elle ni porter une robe brodée à moins qu'elle soit établie comme prostituée ; nul homme ne doit porter de bague en or ni de ces toges efféminées qui sont produites par la ville de Milet.

En réalité, quand Paul dit « Je veux aussi que les femmes, vêtues d'une manière décente, avec pudeur et modestie, ne se parent ni de tresses, ni d'or, ni de perles, ni d'habits somptueux, (1 Timothée 2:9) », il veut qu’elles ne soient pas identifiées aux prostituées du Temple selon les lois somptuaires de cette époque et de cet endroit.

Les tresses, bijoux et habits mentionnés n’ont pas été portés de manière modérée mais de manière ostentatoire comme par une hétaïre.

Une prostituée portait des habits somptueux et luxueux parce qu’ils lui ont été offerts par des hommes riches à qui elle a donné son temps, attention et en l’occurrence de la « connaissance ». Une hétaïre était très riche en bijoux et en vêtements.

Les tresses

Une des pratiques des hétaïres était de mettre de l’or et des perles dans les cheveux. D’après le Talmud les femmes Juives avaient aussi des tresses, et c’était considéré comme « bâtir » donc sanctionné pendant le Sabbat.

Passer du KHOL est sanctionné pour le délit de teindre, tresser et peigner pour le délit de bâtir. (Guemara chabbat 95a)

Les femmes Grecques et Romaines avaient aussi des tresses, mais les tresses des hétaïres étaient plus élaborées. 

Le problème n’était donc pas les tresses mais le fait de les porter de façon ostentatoire établissant celle qui les porte comme une prostituée d’après les lois somptuaires de l’époque.

Les perles

Les perles étaient l’une des pierres précieuses les plus chères. Les perles sont utilisées pour confectionner des bijoux depuis l'Antiquité ; elles étaient appelées les larmes d'Aphrodite. Les familles romaines qui avaient les moyens achetaient à leurs filles une ou deux perles chaque année, afin qu'elles aient un collier complet à leur majorité.

Les hétaïres en mettaient dans les cheveux, aux doigts, aux oreilles, sur les vêtements et sur les sandales. Une vraie exposition de richesse.

Définitions de mots

Kosmeo

Strong n°2885, signifie (1) mettre en ordre, arranger, rendre prêt, préparer (2) orner, ornementer (3) métaph. embellir en honorant, gagner de l'honneur.

Je veux aussi que les femmes, vêtues [kosmeo] d’une manière décente, avec pudeur et modestie, ne se parent ni de tresses, ni d’or, ni de perles, ni d’habits somptueux, (1 Timothée 2:9)

Ainsi se paraient [kosmeo] autrefois les saintes femmes qui espéraient en Dieu, soumises à leurs maris, (1 Pierre 3:5)

L’Apôtre ne voulait pas que les femmes ôtent toutes formes d’ornements et d’embellissements. Il leur disait plutôt de se parer d’une manière décente et non ostentatoire, ce qui était un signe caractéristique des prostituées sacrées.

Kosmios

Strong n°2887, signifie bien arrangé, bienséant, modeste.

Je veux aussi que les femmes, vêtues d’une manière décente [kosmios], avec pudeur et modestie, ne se parent ni de tresses, ni d’or, ni de perles, ni d’habits somptueux, (1 Timothée 2:9)

Nous pouvons voir d’après la définition de “décente” que son contraire est “ostentatoire”. Bien arrangé, bienséant et modeste, contrairement au fait de se parer de manière excessive. L’adjectif Français “modeste” signifie “Qui a de la retenue, de la modération, qui ne donne dans aucun excès.”

 “Modeste” ne signifie pas comme l’apparence de femme subjuguée par une secte.

1 Pierre 3:3-6 : un idiome

Le texte de 1 Pierre 3:3-6 est formé à la manière d’un idiome visant à souligner une opposition en indiquant un renforcement. C’est un moyen d’expression qui réduit une première proposition et souligne une seconde. En français, nous avons un équivalent dans la locution : non seulement (proposition 1)…  mais aussi (proposition 2)… Par exemple : c’est non seulement inutile, mais aussi dangereux. La deuxième proposition est soulignée sans annuler la première mais vient s’additionner à elle. C’est inutile et dangereux.

Dans notre texte, nous avons : Ayez, non (seulement) cette parure extérieure qui consiste dans les cheveux tressés, les ornements d'or, ou les habits qu'on revêt, mais (aussi) la parure intérieure et cachée dans le cœur, la pureté incorruptible d'un esprit doux et paisible, qui est d'un grand prix devant Dieu. 

Il s’agit d’un usage commun dans les écritures. En voici quelques exemples :

Travaillez, non pour la nourriture qui périt, mais pour celle qui subsiste pour la vie éternelle, et que le Fils de l'homme vous donnera ; (Jean 6:27)

Ce verset n’est pas un commandement contre le travail, mais la pensée est que l’homme ne devrait pas travailler pour les nécessités matérielles uniquement, mais aussi pour celles qui subsistent pour la vie éternelle.

Il dit encore : ton nom ne sera plus Jacob, mais tu seras appelé Israël ; (Genèse 32:28)

Dieu n’a pas abandonné pour autant le nom Jacob. Dieu l’a encore appelé Jacob à plusieurs reprises après ce moment (par exemple, en Genèse 46:2).

Les frères de Joseph l’ont vendu en esclavage, pourtant Joseph a dit :

Ce n'est donc pas vous qui m'avez envoyé ici, mais c'est Dieu ; (Genèse 45:8)

Pendant l’exode, toute l'assemblée des enfants d'Israël murmura dans le désert contre Moïse et Aaron (Exode 16:2). Mais au verset 8, Moïse dit :

Ce n'est pas contre nous que sont vos murmures, c'est contre l'Éternel. (Exode 16:8)

Quand Israël a rejeté Samuel et a demandé un roi, Dieu a dit : 

Ce n'est pas toi qu'ils rejettent, c'est moi qu'ils rejettent. (1 Samuel 8:7)

Jean utilisait aussi cet idiome quand il dit : 

Petits enfants, n'aimons pas en paroles et avec la langue, mais en actions et avec vérité.  (1 Jean 3:18).

Nous devons bien sûr aimer en parole et avec la langue, mais ceci n’est pas suffisant.

Cet idiome met une négation sur la première proposition pour souligner la deuxième. Le « non » signifie, comme souvent dans les écritures, « non seulement… mais aussi… ».

Si 1 Pierre 3 :3-4 signifie que les femmes ne devraient pas avoir les cheveux tressés et les ornements d'or, alors elles devraient aussi se passer des habits qu’on revêt.

A moins de reconnaître l’usage des idiomes, le suivant serait un résumé de commandements ou déclarations bibliques absurdes : les frères de Joseph ne l’ont pas envoyé en Egypte ; Les enfants d’Israël n’ont pas murmuré contre Moïse ; Israël n’a pas rejeté Samuel ; Il ne faut pas aimer en parole et avec la langue ; Il ne faut pas travailler pour la nourriture ; Les femmes devraient se passer des habits qu’on revêt.

Les femmes à qui Pierre s’adresse étaient mariées à des païens, et son instruction ici et qu’elles n’imitent pas les prostituées sacrées pour essayer de gagner leurs maris au Christ. La seule beauté que les prostituées avaient était celle extérieure. Elles étaient formées depuis l’enfance à attirer les hommes par le moyen de la beauté externe, physique et superficielle. Pierre n’a pas interdit les ornements extérieurs mais a mis l’accent sur le fait d’avoir un esprit doux et paisible.

Pierre dit qu’ainsi se paraient autrefois les saintes femmes telles que Sara. Il n’est pas en train de dire que ces femmes ne portaient pas de bijoux ! Nous avons vu dans un précédent article que Rebecca, la belle-fille de Sara, portait des bijoux donnés par Abraham. Abraham n’aurait pas envoyé son serviteur parer sa belle-fille sans parer sa propre femme Sara.  Sara, l’exemple de l’apôtre Pierre portait des bijoux ! Pierre dit simplement que ces femmes du temps des patriarches devraient être les modèles des chrétiennes et non les prostituées sacrées.

Conclusion

Vous savez désormais que “cette” parure extérieure dont Pierre parle était la parure ostentatoire et idolâtre des prostituées sacrées du temple de Diane. La grande majorité des femmes d’aujourd’hui ne se parent ni ne s’habillent dans ce même contexte, pour honorer ou adorer une déesse païenne. Une femme moderne n’aimerait pas imiter l’apparence d’une prêtresse païenne.  

Nous devons considérer le contexte culturel et historique de 1 Timothée 2:9 et 1 Pierre 3:3-6 au lieu de les utiliser pour condamner les femmes de l’église d’aujourd’hui. Nous n’avons rien fait pour que les Apôtres écrivent ces lignes.