Chrétiens pentecôtistes en prière
Chrétiens pentecôtistes en prière

 

Ayant grandi dans le milieu pentecôtiste et charismatique, j'ai toujours été entouré de chrétiens qui parlaient en langues. J'en ai moi-même fait l'expérience vers l'âge de 18 ans. Je ne nie pas l’existence de cette expérience, par contre, je m'interroge sur sa nature. C'est ce que je vous propose aussi de faire à travers cet article. Nous nous intéresserons au phénomène de la « glossolalie », terme dérivé du Grec « glôssa lalein » qui signifie « parler en langues ». Nous examinerons la nature du parler en langues actuel ainsi que celle du parler en langues du Nouveau Testament pour les comparer. Mon intention n’est pas de susciter des divisions en évoquant ce sujet à débat, mais de vous inviter à vous interroger sérieusement sur la nature du parler en langues que nous voyons pratiqué autour de nous.

La nature de la glossolalie de la Bible

Avant son ascension, Jésus a fait la promesse suivante à ses disciples :

Voici les miracles qui accompagneront ceux qui auront cru : en mon nom, ils chasseront les démons ; ils parleront de nouvelles langues ; ils saisiront des serpents. S'ils boivent quelque breuvage mortel, il ne leur fera point de mal ; ils imposeront les mains aux malades, et les malades seront guéris. (Marc 16:17-18)

Un des signes ou miracles mentionnés est le fait de parler de nouvelles langues. Cette promesse s’accomplit le jour de la Pentecôte.

Le jour de la Pentecôte, ils étaient tous ensemble dans le même lieu. Tout à coup il vint du ciel un bruit comme celui d’un vent impétueux, et il remplit toute la maison où ils étaient assis. Des langues, semblables à des langues de feu, leur apparurent, séparées les unes des autres, et se posèrent sur chacun d’eux. Et ils furent tous remplis du Saint-Esprit, et se mirent à parler en d’autres langues, selon que l’Esprit leur donnait de s’exprimer. (Actes 2 :1-4)

Le parler en langues est mentionné à deux autres endroits dans le livre des Actes (10 :44-46 et 19 :6), et aussi dans la première lettre de Paul aux Corinthiens.

Examinons leur nature pour déterminer s’il s’agissait de parler en des langues humaines réelles ou des langues extatiques et incohérentes ne correspondant à aucune langue humaine.

La nature de la glossolalie du livre des Actes

Il ne fait aucun doute que la glossolalie de la Pentecôte (Actes 2) consistait en des langues existantes. En effet, les auditeurs venus de différents pays de l’empire romain pour célébrer la Pentecôte identifièrent bien leur langue maternelle. Ils saisirent les paroles prononcées comme étant des merveilles de Dieu.

Voici, ces gens qui parlent ne sont-ils pas tous Galiléens ? Et comment les entendons-nous dans notre propre langue à chacun, dans notre langue maternelle ? Parthes, Mèdes, Elamites, ceux qui habitent la Mésopotamie, la Judée, la Cappadoce, le Pont, l'Asie, la Phrygie, la Pamphylie, l'Egypte, le territoire de la Libye voisine de Cyrène, et ceux qui sont venus de Rome, Juifs et prosélytes, Crétois et Arabes, comment les entendons-nous parler dans nos langues des merveilles de Dieu. (Actes 2:7-11)

De plus, le terme grec utilisé par Luc aux versets 6 et 8, traduit par « langues », est « dialektos ». C’est un synonyme de « glossa » et dénote toujours une langue humaine réelle.

Pour le reste du livre des Actes (10 :46 et 19 :6), il n’y a aucune raison d’admettre qu’il s’agit d’une glossolalie différente. En réalité, Pierre souligne qu’il s’agit bien du même don qu’ils ont reçu le jour de la Pentecôte.

Lorsque je me fus mis à parler, le Saint-Esprit descendit sur eux, comme sur nous au commencement. Et je me souvins de cette parole du Seigneur : Jean a baptisé d’eau, mais vous, vous serez baptisés du Saint-Esprit. Or, puisque Dieu leur a accordé le même don qu’à nous qui avons cru au Seigneur Jésus-Christ, pouvais-je, moi, m’opposer à Dieu ? (Actes 11 :15-17)

La nature de la glossolalie de 1 Corinthiens

Dans le chapitre 12, la diversité des langues est citée parmi les manifestions de l’Esprit données à chacun pour l’utilité commune.

En effet, à l’un est donnée par l’Esprit une parole de sagesse ; à un autre, une parole de connaissance, selon le même Esprit ; à un autre, la foi, par le même Esprit ; à un autre, le don des guérisons, par le même Esprit ; à un autre, le don d’opérer des miracles ; à un autre, la prophétie ; à un autre, le discernement des esprits ; à un autre, la diversité des langues ; à un autre, l’interprétation des langues. (1 Corinthiens 12 :8-10)

Paul aurait-il employé le terme « diversité de langues » pour désigner un langage extatique ? Non, car nous pouvons lire quelques chapitre plus loin qu’il a en pensée des langues que les hommes utilisent pour communiquer entre eux.

Quelque nombreuses que puissent être dans le monde les diverses langues, il n’en est aucune qui ne soit une langue intelligible ; (1 Corinthiens 14 :10)

Le mot a sans doute ce même sens dans tout le livre. Le passage qui est mis en valeur par les charismatiques qui cherchent une justification biblique au parler extatique est 1 Corinthiens 13 :1 dans lequel Paul mentionne des langues des anges.

Quand je parlerais les langues des hommes et des anges, si je n’ai pas la charité, je suis un airain qui résonne, ou une cymbale qui retentit. (1 Corinthiens 13 :1)

Cependant, ce qu’il ne faut pas oublier, c’est que Paul s’exprime au conditionnel pour énoncer une hypothèse. Il en énonce d’autres quand il dit :

Et quand j’aurais le don de prophétie, la science de tous les mystères et toute la connaissance, quand j’aurais même toute la foi jusqu’à transporter des montagnes, si je n’ai pas la charité, je ne suis rien. (1 Corinthiens 13 :2)

Il est évident qu’il n’a pas la science de tous les mystères et toute la connaissance. Et même si les langues des anges existaient, rien ne nous permet de les assimiler à un parler extatique. Nous savons, par contre, qu’à chaque fois que des anges se sont adressés à des hommes, ils l’ont fait dans des langues existantes.

Paul dit aussi :

Celui qui parle en langues s'édifie lui-même ; celui qui prophétise édifie l'Eglise. (1 Corinthiens 14 : 4-5)

En effet, d’après les Ecritures, l’édification se fait par la Parole qui s’adresse à l’intelligence.

Ainsi la foi vient de ce qu’on entend, et ce qu’on entend vient de la parole de Christ. (Romains 10 :17)

C’est la raison pour laquelle Paul fait des reproches aux chrétiens de Corinthe en décourageant le parler en langue sans interprétation dans l'assemblée. Le parler en langue sans interprétation est égoïste, crée du désordre et n'est pas bienséant.

Si donc je ne connais pas le sens de la langue, je serai un barbare pour celui qui parle, et celui qui parle sera un barbare pour moi. De même vous, puisque vous aspirez aux dons spirituels, que ce soit pour l’édification de l’Église que vous cherchiez à en posséder abondamment. C’est pourquoi, que celui qui parle en langue prie pour avoir le don d’interpréter. (1 Corinthiens 14 :11-13)

Paul se soucie de l’édification de l’assemblée, et pour cela, les paroles prononcées doivent être interprétées ou littéralement « traduites ». Une parole non comprise n’édifie pas l'assemblée.

L’examen du texte nous montre donc que le parler en langue de la Bible n’est pas un parler extatique mais a consisté en des langues réelles existantes pouvant être interprétées, si quelqu'un a le don d'interprétation ou tout simplement si quelqu'un les a comme langue maternelle (comme dans Actes 2).

Examinons maintenant la nature de la glossolalie dans le mouvement charismatique moderne.

La nature de la glossolalie actuelle

L’histoire nous montre que la glossolalie du livre des Actes a disparu depuis pratiquement 19 siècles. Le phénomène connu aujourd’hui sous le même nom est apparu au début du 20ème siècle avec la naissance du Pentecôtisme. Est-il de même nature que la glossolalie biblique ?

L’auteur et professeur Robert G. Gromacki dit ceci :

Les conclusions des linguistes indiquent que la glossolalie moderne est faite de sons inconnus ne reproduisant aucun vocabulaire connu et n'obéissant à aucune règle grammaticale, qui imitent des langues étrangères, et dénués de tout ce qui fait qu'une langue est une langue. Ce mouvement nouveau est donc essentiellement en contradiction avec le parler en langues attesté par la Bible. (The Modem Tongues Movement, p.67)

D’après les linguistes, il ne s’agit pas de recours à des langues étrangères existantes mais d’un phénomène phonétique fondamentalement différent. C’est un non-langage dépourvu de toutes les caractéristiques d’une langue véritable. Il s’agit d’une suite de sons connus par l’intéressé et qu’il juxtapose aléatoirement. Vous pouvez écouter un exemple dans la vidéo ci-dessous :

Eugène Nida, spécialiste de la Société Biblique Américaine, entouré de 25 experts venant de 25 pays et connaissant un total de 150 langues, est arrivé à la même conclusion que la glossolalie moderne n’est pas un langage [1].

Le linguiste W.J. Samarin a même établi que la fréquence des voyelles et des consonnes du parler en langues moderne est similaire à celle de la langue maternelle de l’intéressé. J.I. Packer constate qu’un Français ou un Allemand n’utilisera jamais le son « th » difficile à prononcer pour eux ; les Anglais ne prononceront jamais le son « u » dont ils n’ont pas d’équivalent dans leur langue [2].

De plus, le phénomène de glossolalie rencontré chez les charismatiques est aussi connu en dehors du christianisme : dans le chamanisme, le spiritisme, le mormonisme, l’islam, etc.

Conclusion

Nous avons vu que les « langues » du Nouveau Testament étaient toujours des langues existantes. Par contre, la glossolalie du mouvement charismatique et du Pentecôtisme du début du 20ième siècle est un langage extatique dépourvu de toutes les caractéristiques d’une langue véritable.

A moins que les charismatiques ne prouvent que le parler en langues de la Bible était un parler extatique de sons incohérents, ou bien que la glossolalie actuelle utilise des langues étrangères, ne faut-il pas conclure que leur glossolalie est fondamentalement différente en nature de celle du Nouveau Testament ?

Nous verrons plus tard que la glossolalie biblique et la glossolalie actuelle ont aussi des buts différents. Nous examinerons ensuite plus en détail l'origine de la glossolalie moderne ainsi que les dangers qu'elle représente.

Merci pour votre attention !

Notes et références

  1. John P. Kildhal, Psychology of Speaking in Tongues, (New York : Harper & Row, 1972), p. 47, in Klemet Preus, "Tongues : An Evaluation from a Scientific Perspective," Concordia Theological Quaterly, Vol. 46, N° 4 (Oct. 1982), p. 286.
  2. Keep in Step with the Spirit (Leicester : Inter-Varsity ; Old Tappan, N.J. : Revell, 1984), p. 207ss