Enlevèment annlué 

La théorie la plus répandue aujourd'hui concernant la venue future de Jésus est qu'elle serait en deux phases : une venue pour enlever son Église aussi connue sous le nom d’enlèvement, puis, plus tard, une autre avec l’Église. Dans le milieu évangélique, des films et livres de fiction renforcent et rendent cette théorie populaire. On peut citer la série "Left Behind" par Tim LaHaye et Jerry Jenkins, ou encore le livre "Late Great Planet Earth" (traduit en Français sous le titre "L’agonie de notre vieille planète") de Hal Lindsay, etc. Aujourd’hui, je vous propose à travers cet article d’examiner le concept d’enlèvement. D’où vient-il ? Les chrétiens seront-ils réellement enlevés ?

Origine de l’enlèvement

Lors de la Réforme protestante qui eut lieu au cours des années 1500, deux grands thèmes sont ressortis de la prédication des Réformateurs :

  1. Le juste vivra par la foi et non par les œuvres et
  2. Le pape est l’Antéchrist des Écritures.

On peut lire dans la Confession de foi de Westminster qui est une confession de foi réformée :

Le seul chef de l'Église est le Seigneur Jésus-Christ (Col 1.18; Ep 1.22). Le pape de Rome ne peut l'être en aucun sens ; mais il est cet antéchrist, cet homme de péché et fils de perdition, qui se dresse lui-même, dans l'Église, contre Christ et tout ce qui est nommé Dieu (Mt 23.8- 10; 2 Th 2.3,4,8,9; Ap 13.6). - Confession de foi de Westminster, article 25.6.

Cette attaque des Réformateurs contre l’Église Catholique Romaine est connue sous le nom d’Historicisme, qui considère que les prophéties bibliques ayant trait à la petite corne, l’homme du péché, l’Antéchrist, la Bête et la Prostituée de babylonienne s’appliquent au Pape est à l’Église Catholique Romaine qui prêchent un salut par les œuvres et non par la grâce au moyen de la foi en Jésus-Christ.

Rome avait dans un premier temps l’habitude de répondre par la violence physique : destruction publique de Bible, tortures des "hérétiques", etc. Mais cela ne faisait que renforcer dans l’esprit des protestants l’idée qu’elle était effectivement la Bête de l’Apocalypse. Il fallait changer de stratégie. C’est ainsi que l’Église Catholique a convoqué le Concile de Trente, en trois sessions entre 1545 et 1563, dans le but de planifier une Contre-Réforme. La décision a été prise de compter sur un ordre secret catholique appelé la Compagnie de Jésus, aussi connue comme étant les Jésuites, pour détruire le protestantisme par l’inquisition mais surtout par la théologie.

Francisco de Ribera
Francisco de Ribera

Francisco de Ribera (1537-1591), un prêtre jésuite et docteur en théologie provenant de l’Espagne a lancé l’idée selon laquelle les prophéties sur l’antéchrist ne s’appliquent pas du tout au Pape mais à un seul et unique homme qui s’élèvera à la fin des temps. Cette interprétation est connue sous le nom de Futurisme. Ribera a publié son interprétation dans un livre en 1591.

Un autre érudit jésuite, le cardinal Robert Bellarmine (1542-1621) se montrait d’accord avec Ribera à travers ses publications. Le Futurisme se confinait à l’Église Catholique Romaine pendant près de 300 ans, mais au début du 19ème siècle, il a commencé à gagner les Protestants. Le Dr. Samuel Roffey Maitland (1792-1866), le professeur James H. Todd (1805-1869), le leader du mouvement d’Oxford John Henry Newman (1801-1890), le presbytérien écossais Edward Irving (1792-1834), le théologien John Nelson Darby (1800-1882), ont accepté les idées futuristes des Jésuites. Ce dernier fut parmi eux tous, le plus grand promoteur du Futurisme et du Dispensationalisme. Le Dispensationalisme est la théorie selon laquelle Dieu traiterait avec l’humanité par le biais de périodes et dispensations majeures et que nous sommes dans "l'Ère de l’Église" et très proche de l’apparition de l’Antéchrist et de l’Enlèvement.

Pour en savoir plus sur l’Antéchrist, je vous recommande un précédent article : Qui est l'Antéchrist. Vous y verrez que Jean ne parle pas d’un seul individu appelé l’Antéchrist qui doit venir dans un lointain future mais plutôt d'un esprit antéchrist (littéralement : contre Christ) déjà présent et manifeste chez plusieurs personnes dès le premier siècle  (1 Jean 4:3).

Que dit l’Ecriture au sujet de l’enlèvement ?

Les défenseurs de l’enlèvement fondent leur argumentation sur les quelques passages suivants pris hors de leur contexte :

Matthieu 24

Alors, de deux hommes qui seront dans un champ, l’un sera pris et l’autre laissé ; de deux femmes qui moudront à la meule, l’une sera prise et l’autre laissée. Matthieu 24:41-42 

Le contexte de ce passage fait référence aux assassinats perpétrés au hasard par les Romains et leur siège de Jérusalem et de la Judée au premier siècle. Celui qui est pris est tué et l’autre qui est laissé est épargné. Dans l’interprétation futuriste, c’est tout le contraire, celui qui est pris est sauvé et celui qui est laissé est perdu, à la merci du supposé Antéchrist. 

Remarquez aussi que Matthieu 24 parle de la destruction du Temple :

Voyez-vous tout cela ? Je vous le dis en vérité, il ne restera pas ici pierre sur pierre qui ne soit renversée. Il s’assit sur la montagne des oliviers. Et les disciples vinrent en particulier lui faire cette question : Dis-nous, quand cela arrivera-t-il, et quel sera le signe de ton avènement et de la fin du monde ? Matthieu 24:34

Le Temple fut détruit en 70 et l’Evangile selon Matthieu a été écrit avant cet événement, sinon, Matthieu l’aurait certainement mentionné comme étant passé. L’avènement dont il est question ici n’est pas la venue future de Jésus mais sa manifestation pour juger Jérusalem en 70. Pour en savoir plus,  je vous recommande de lire « Venir sur les nuées » est-il une référence à la seconde venue de Jésus ? 

Quant à la mention de la fin du monde, il ne s’agit pas de la fin de la planète terre, mais de l’ère de l’Ancienne Alliance : voir Sommes-nous dans les derniers jours ? 

A ceux qui veulent encore appliquer ce passage à notre époque ou à notre futur, Jésus dit que tout ce qu’Il annonce arrivera dans la génération de son audience du premier sicèle :

Je vous le dis en vérité, cette génération ne passera point, que tout cela n’arrive. Matthieu 24:34

Son intention était d’avertir son audience d'un danger imminent mais local :

Alors, que ceux qui seront en Judée fuient dans les montagnes ; Matthieu 24:16 

1 Corinthiens 15 

Voici, je vous dis un mystère : nous ne mourrons pas tous, mais tous nous serons changés, en un instant, en un clin d’œil, à la dernière trompette. La trompette sonnera, et les morts ressusciteront incorruptibles, et nous, nous serons changés. 1 Corinthiens 15:51-52

Paul écrit aux Corinthiens et anticipe une résurrection et non un enlèvement.

1 Thessaloniciens 4

Ensuite, nous les vivants, qui serons restés, nous serons tous ensemble enlevés avec eux sur des nuées, à la rencontre du Seigneur dans les airs, et ainsi nous serons toujours avec le Seigneur. 1 Thessaloniciens 4:17 

En lisant ce passage dans son contexte, nous comprenons qu’il ne fait pas du  tout référence à un enlèvement mais aussi à une résurrection. En effet, Paul répond à une question des Thessaloniciens concernant ceux qui sont morts. Paul répond qu’ils dorment et il anticipe leur résurrection : 

Nous ne voulons pas, frères, que vous soyez dans l’ignorance au sujet de ceux qui dorment, afin que vous ne vous affligiez pas comme les autres qui n’ont point d’espérance. 1 Thessaloniciens 4:13

Pour cela, il fait le lien avec la résurrection de Jésus : 

Car, si nous croyons que Jésus est mort et qu’il est ressuscité, croyons aussi que Dieu ramènera par Jésus et avec lui ceux qui sont morts. 1 Thessaloniciens 4:14

Au verset 16, il mentionne encore clairement la résurrection :

Car le Seigneur lui-même, à un signal donné, à la voix d’un archange, et au son de la trompette de Dieu, descendra du ciel, et les morts en Christ ressusciteront premièrement. 1 Thessaloniciens 4:16

Avant l’invention de la doctrine de l’enlèvement, tous les commentateurs ont interprété ce passage de 1 Thessaloniciens comme faisant référence à la résurrection.

Quel est notre espérance ?

Notre espérance est ancrée dans ce que Christ a fait pour nous pour nous accorder le salut comprenant le pardon, la justification et la glorification. Nous ne mourrons donc pas sans espérance grâce à sa résurrection qui nous démontre de quoi Il est capable.

L'Évangile est une bonne nouvelle qui n’a pas pour objectif de prévenir les gens d’un enlèvement. Au lieu de se plaindre et d’attendre que Jésus viennent nous enlever de ce monde, nous chrétiens devrions  aspirer à être la lumière du monde et le sel de la terre. Participons à améliorer notre monde. C’est ce que signifie régner avec Christ.